FWDThinking Épisode 22 : Si la vie privée est un mythe, que devrions-nous faire ?

Alistair Croll en conversation avec David Brin, auteur de The Transparent Society.

En 2020, le BSIA (British Security Industry Association) a estimé qu’il y avait entre 4 et 5,9 millions de caméras de sécurité dans le pays, soit environ une pour treize personnes. Et cela ne s’arrête pas aux caméras : qu’il s’agisse de localisateurs de coups de feu, de dispositifs d’enregistrement ou de détecteurs de mouvement, notre monde est envahi d’appareils qui s’immiscent dans nos vies.

Bien que les défenseurs de la vie privée s’inquiétaient autrefois de la surveillance dans les rues, l’omniprésence des appareils mobiles a éclipsé ces préoccupations tout à fait justifiées. Nous avons un dispositif d’enregistrement de choix dans nos poches, et nous mettons volontiers à jour notre statut sur des plateformes à but lucratif, en partageant nos photos et notre localisation. Chaque mention « j’aime », chaque retweet ou chaque renforcement issu de la boîte de Skinner  est un minuscule test de personnalité automatisé, dont les résultats sont utilisés pour modifier notre comportement par le biais de sollicitations et d’interruptions. La carte de notre esprit qui en résulte est vendue à ceux qui veulent comprendre, pour mieux servir leurs propres intérêts.

C’est la dure réalité de la vie privée en 2021. Toutefois, la vie privée n’était peut-être qu’un mensonge éphémère : dans les petits villages où les potins et le bouche-à-oreille étaient nos principaux moyens de communication, il n’y avait aucun moyen de se cacher des autres. À moins d’appartenir à la noblesse, on partageait une grande partie de sa vie et de son logement avec les autres.

David Brin se penche sur la question depuis près d’un quart de siècle. Dans son livre de 1997 intitulé The Transparent Society, il ne propose pas d’éliminer la surveillance ; au contraire, il soutient que nous devrions accepter qu’elle est la norme et se demander ce qui devrait changer en conséquence.

Pour Brin, le problème n’est pas les caméras (et par extension, la myriade d’autres outils de surveillance qui sont apparus depuis qu’il a écrit le livre). C’est qu’il s’agit de dispositifs à sens unique, et que les personnes qui nous surveillent n’ont pas de comptes à rendre. Imaginez, suggère-t-il, deux sociétés : l’une où un groupe dirigeant nous surveille, sans restriction, l’autre où tout le monde surveille tout le monde (avec certaines limites de décence). La première société dégénérerait rapidement en tyrannie, car l’information asymétrique est un pouvoir. La seconde société s’élèverait jusqu’à l’acceptation, car nous apprendrions tous que nous sommes responsables vis-à-vis de tout le monde.

Utopique ? Peut-être bien. Or, plutôt que de s’enliser dans la discussion pour savoir s’il y a ou non trop de caméras, si les algorithmes sont mauvais ou combien de temps les enregistrements sont conservés, c’est une incitation utile qui nous oblige à reconsidérer la situation.