L’évolution du rôle du dirigeant principal des données au sein du gouvernement du Canada

Article invité écrit par Ryan Androsoff et Peter Bruce.

Les données sont au cœur de tout ce que fait le gouvernement. Qu’il s’agisse de modélisation économique, d’élaboration de politiques, de prestation de services aux citoyens et aux entreprises, de gestion des urgences ou de paiements de transfert à d’autres niveaux de gouvernement, toutes les fonctions du gouvernement reposent sur la disponibilité et l’interprétabilité de données de haute qualité, actuelles et pertinentes. Les données sont tellement essentielles au bon fonctionnement d’un gouvernement qu’elles peuvent parfois être considérées comme allant de soi. Pourtant, comme le montre l’évolution rapide du paysage technologique et de la gouvernance publique, un effort ciblé autour des données est nécessaire pour garantir que les institutions publiques disposent des ressources dont elles ont besoin pour être efficaces lorsqu’elles relèvent les défis politiques du monde d’aujourd’hui.

Alors que les gouvernements ont toujours consacré du temps et des efforts à la collecte et à l’analyse des données, nous avons observé ces dernières années une attention croissante aux questions de gouvernance concernant la manière dont les données sont gérées (ou non) en tant qu’actif stratégique au sein des services gouvernementaux. Il y a plusieurs raisons à cela, notamment l’augmentation rapide du volume et de la vélocité des données générées et disponibles grâce à la révolution numérique. Si le « numérique » occupe une place plus importante dans la liste des priorités du gouvernement, il en va de même pour les « données ». Pour faire simple, il n’y a pas de « gouvernement numérique » sans données, et les données ne peuvent atteindre leur plein potentiel sans un gouvernement transformé par le numérique.

La montée de l’intelligence artificielle (IA) et l’incorporation croissante de l’apprentissage automatique, de l’analyse sémantique et des applications de prise de décision algorithmique dans l’infrastructure du gouvernement ajoutent à l’urgence de ce sujet. Ces avancées dans la profession de la science des données offrent la possibilité d’améliorer considérablement la réactivité et l’intelligence économique dont disposent les organisations gouvernementales, et permettent d’envisager une simplification et une efficacité administratives accrues. Parallèlement, elles soulèvent également des préoccupations légitimes quant aux implications éthiques potentielles de l’utilisation de ces outils et aux dommages qu’ils pourraient causer à la fois aux individus et à la confiance dans le gouvernement s’ils sont utilisés sans la mise en place de garanties éthiques et de protection de la vie privée appropriées.

Dans ce contexte, en 2018-2019, trois importants documents d’orientation politique ont été publiés par le gouvernement du Canada : 

  • La Feuille de route de la Stratégie de données pour la fonction publique fédérale, qui définit à la fois une vision et des responsabilités pour les ministères en ce qui concerne la façon dont ils gèrent les actifs de données. 
  • La Politique sur les services et le numérique qui a regroupé un certain nombre d’instruments politiques existants dans le domaine du numérique et des services, et qui exigeait des directeurs adjoints qu’ils définissent clairement les rôles et les responsabilités en matière de données, et qu’ils élaborent des plans pour utiliser les données comme un atout stratégique.
  • La Directive sur la prise de décisions automatisée qui fournit des conseils sur l’utilisation responsable de l’IA et des outils algorithmiques lorsqu’ils sont utilisés par les ministères du gouvernement du Canada pour fournir des services au public.

De plus, dans le cadre de la Feuille de route pour la science ouverte publiée au début de 2020, le conseiller principal en sciences du gouvernement du Canada a recommandé aux sous-ministres de créer un poste de dirigeant principal des données scientifiques. Le Plan stratégique des opérations numériques de mai 2021, encore plus récent, positionne également les données comme essentielles au gouvernement numérique et à la prise de décision. Afin de répondre à la nécessité d’améliorer les connaissances en matière de données, Statistique Canada et l’École de la fonction publique du Canada ont mis au point des ressources d’apprentissage au cours des dernières années afin de soutenir le perfectionnement des compétences dans l’ensemble de la fonction publique.

Les ministères et organismes de l’ensemble du gouvernement du Canada ont réagi à cette évolution en partie en créant des postes de dirigeant principal des données et des stratégies ministérielles en matière de données. Comme on pouvait s’y attendre aux premiers stades de cette évolution, ces CDO ont été établis avec une variété de différents types de relations hiérarchiques, de structures et de mandats. Compte tenu de ces développements, l’Institut sur la gouvernance (IOG) a lancé une étude à l’automne 2021 afin d’explorer davantage ces questions et de fournir des conseils et des recommandations pour l’évolution du rôle relativement nouveau de dirigeant principal des données au sein du gouvernement du Canada. 

Visionnez notre conversation avec des associés d’IoG, des CDO du gouvernement du Canada, ainsi que l’Université d’Ottawa.

L’étude a porté sur quatre ministères du gouvernement du Canada, à savoir : Santé Canada (SC), l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Transports Canada (TC). Elle a consisté en une série d’enquêtes, d’entretiens et d’ateliers qui se sont déroulés de septembre 2021 à février 2022. Cette analyse a été combinée avec des contributions d’autres ministères ainsi qu’avec l’expertise et la recherche de l’IOG pour établir un ensemble de conclusions et de recommandations clés pour les CDO du gouvernement du Canada.

En mai 2022, l’Institut sur la gouvernance a publié un rapport qui présente les résultats de cette étude. Le rapport décrit comment le rôle de CDO évolue au sein du gouvernement du Canada et fournit des recommandations sur la façon dont il peut être renforcé pour réaliser les stratégies ministérielles en matière de données. Nos dix recommandations, qui s’appuient sur les principales conclusions, sont présentées dans trois catégories que nous avons appelées Engage, Enable et Evolve.

Ce travail s’est déroulé à un moment critique de l’évolution du rôle des CDO au sein du gouvernement du Canada, puisque les CDO pilotent l’évolution vers la prestation de programmes, la prise de décisions stratégiques et l’application de la réglementation davantage axées sur les données. Nous espérons que nos conclusions et nos recommandations favoriseront l’évolution de cet important rôle de leadership et renforceront l’utilisation des données en tant qu’atout stratégique par les ministères pour réaliser leurs mandats et améliorer le bien commun.